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Le bataillon français de la guerre de Corée
Alain Devalpo (juillet 2003)

Le 27 juillet 1953, l’armistice mettait fin à la guerre de Corée. L’occasion pour quelques anciens du bataillon français de Corée de revenir sur le lieu d’une bataille héroïque : la crête 1037.

« À l’époque, c’était une pyramide de glace. Aujourd’hui, c’est une jolie colline boisée », raconte le capitaine Paul Callet un peu déboussolé au milieu des arbres au lieu dit : la crête 1037, au sud-est de Séoul. En mai 2003, pour la première fois depuis le 5 mars 1951, il est revenu sur les lieux de cette bataille en compagnie d’une dizaine de vétérans. Le temps a effacé les traces sur le terrain mais pas dans les mémoires. Chacun d’eux se rappelle minute par minute ce combat qui, de tous ceux auxquels ils ont participé, les a tant marqués.

En 1945, après la victoire sur le Japon qui avait annexé la péninsule au début du 20e siècle, les troupes américaines et russes s’accordent pour stationner de part et d’autre du 38e parallèle dans l’attente de l’émergence d’un pouvoir coréen unifié. Les années passent sans que cela se concrétise et le 25 juin 1950, des divisions communistes nord-coréennes fondent sur Séoul. Le conseil de sécurité de la toute jeune ONU décide de venir au secours du pouvoir du Sud. Le général américain Mac Arthur prend le commandement des combattants mobilisés par 16 pays dont les soldats du bataillon français de Corée. Cinq autres pays envoient du personnel médical.

La France se relève à peine des désastres de la seconde guerre mondiale et son armée est déjà engagée en Indochine. Impossible de dégager des unités d’active, au pied levé un bataillon de volontaires pour aller se battre sous la bannière onusienne est créé, formé en partie de réservistes. Le général Monclar qui le commandera la première année accepte d’être dégradé au rang de lieutenant-colonel pour pouvoir être placé sous les ordres de Mac Arthur.

En février 1951, pour enrayer l’offensive des troupes chinoises et nord-coréennes, Mac Arthur joue un coup de dé. Il envoie 5000 soldats à la rencontre de quatre divisions chinoises, le temps de consolider la position des forces alliées. C’est la bataille de Chipyong-ni. « À dix contre un, ces hommes ont résisté pendant trois jours, explique le colonel Alain Nass, officier de liaison auprès du commandement de l’ONU en Corée. Mac Arthur avait reçu tout pouvoir du président Truman et était prêt à recourir à l’arme atomique en cas de défaite ». La résistance des 5000 hommes dont les soldats français a évité un Hiroshima coréen.

Après avoir brisé l’avancée chinoise, le 5 mars, le bataillon s’illustre une nouvelle fois. Il reçoit l’ordre de s’emparer d’une position retranchée en haut d’une crête rocheuse à 1037 mètres d’altitude ; une mission impossible. « Il faisait –30 degrés, se rappelle Paul Callet. Les pentes étaient gelées ». « À quelques mètres du piton, nous étions si proche des troupes adverses que les grenades faisaient l’aller-retour », explique un autre vétéran. La position est pourtant prise. « Le plus dur à été de redescendre nos morts et nos blessés, poursuit Paul Callet ». 31 morts et 104 blessés sont recensés mais la route vers le 38e parallèle est ouverte pour lancer la contre-offensive de l’ONU.

À la guerre de mouvements succède une guerre de positions meurtrière qui rappelle les tranchées de Verdun et qui se conclura le 27 juillet 1953, par la signature de l’armistice. Après plus de quatre millions de victimes, tués et blessés confondus, c’est le retour au point de départ, de chaque coté du tracé fictif du 38e parallèle qui divise aujourd’hui encore la péninsule coréenne. Du coté français, plus de 3000 hommes ont participé aux trois années de conflit. À Séoul, les noms de 269 d’entre eux tués au combat sont gravés dans le marbre.

La crête 1037

Le cinquantenaire de l’armistice est l’occasion de rappeler que les Corée du Nord et du Sud n’ont toujours pas signé la paix et que la péninsule reste un enjeu stratégique de premier ordre pour la Chine et les États-Unis. Les forces en présence sont impressionnantes. 37 000 soldats américains et 560 000 sud-coréens font face à plus d’un million de Nord-coréens et à des milliers de pièces d’artilleries pointées sur Séoul. En quelques minutes, un déluge de feu peut s’abattre sur la capitale sud-coréenne. Qui plus est, le régime de Pyongyang a déclaré vouloir se doter de l’arme nucléaire. On peine à imaginer ce qui pourrait se passer si un nouveau conflit venait à éclater.

Article paru dans le quotidien La Croix sous la signature de Gilles Moinard
Alain Devalpo