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Retraités de 65 ans, recherchent un emploi…
Alain Devalpo (juin 2003)

En Corée du Sud, travailler après 60 ans n’a rien de marginal. D’ailleurs il y a un marché de l’emploi pour les personnes âgées.

Un salon de l’emploi vient de se dérouler à Séoul ; une seule condition pour pouvoir postuler à une offre : avoir plus de 55 ans. Le conseiller économique de l’ambassade de Côte d’Ivoire à Séoul n’en revient pas. Il a reçu plus de 500 candidatures spontanées pendant les deux jours de salon.

Il tire une fiche au hasard ; celle d’un homme de 65 ans. Un professeur qui vient de prendre sa retraite. Ce dernier est prêt à tout accepter – même un emploi de chauffeur.

La génération qui s’est sacrifiée à la tâche pour hisser la Corée du Sud au rang de 13e puissance mondiale a du mal a mettre la pédale douce. Un Sud-coréen travaille en moyenne 2500 heures par an ; un Français, lui besogne 1545 heures.

Mais il n’y a pas que les accrocs du boulot. Suite à la crise financière de 1997, les entreprises ont licencié par tranche d’âge ; les plus âgés les premiers. Or il n’existe pas de système de retraite généralisé en Corée. Dans les administrations et les grandes entreprises, les syndicats ont obtenu des accords. Mais ces quelques arbres ne cachent pas la forêt des Petites et Moyennes Entreprises et des ateliers familiaux où la précarité reste la règle.

La retraite par capitalisation existe. Mais le capital accumulé sert souvent à rembourser les crédits bancaires consécutifs à la frénésie de consommation de ces dernières années. Aussi de nombreuses personnes âgées n’ont pas d’autre choix que travailler. Dans les foyers du troisième âge, des cellules de recherche d’emploi ont d’ailleurs vu le jour.
Le gouvernement réformiste de Roh Moo Hyun prévoit de créer un système de retraite digne de ce nom. S’il parvient à imposer un arsenal législatif au patronat, cela restera toutefois insuffisant. Il faut aussi que les mentalités évoluent. Cela demande du temps. Durant des décennies, les autorités sud-coréennes ont scandé que se tuer à la tâche était un devoir patriotique.

Papier enregistré pour France Inter.
Alain Devalpo