Le parc Marronnier
마로니에 공원
Un lieu indiqué pour sûr sur tous les guides
touristiques, c'est le parc Marronnier. Ce qui m'a longtemps étonné et est
resté non moins longtemps une énigme pour moi, c'était son nom. Car il
porte un nom en français : « maronié gongwon » (마로니에
공원). Dans un pays où l'anglais est omniprésent, il y a de quoi s'étonner.
Plusieurs hypothèses furent émises
- Il porte son nom en raison du magnifique marronnier qui y étend ses branches. Oui, mais alors pourquoi en français ?
- L'endroit où est ce parc étant LE quartier des théâtres de Séoul, c'est une référence au théâtre français des Marronniers dont la réputation n'est plus à faire.
On verra que chacune de ces hypothèses recèle une part de vérité, mais qu'aucune n'est la vérité.
L'université nationale de Séoul
Entrée « principale » du parc
C'est à cet endroit que l'université nationale de Séoul (서울대학교, dont une traduction plus exacte du nom serait « université nationale Séoul ») était, d'août 1946 à mars 1975 (en fait, bien plus tôt il y avait déjà des bâtiments datant de l'occupation japonaise et qui furent donc utilisés).
Le « modèle » de cette université à cette époque était celui de la Sorbonne moderne et l'influence française à l'époque (Sartre, Camus...) était considérable, ce qui va nous conduire à un certain nombre d'affinités avec la culture française.
Cette université est à l'origine du nom de la rue qui passe devant, la « rue de l'Université », en coréen la célèbre Dæhangno (대학로). Cette rue a été récemment réaménagée (mai 2004), mais elle est toujours bordée d'œuvres d'arts, même si ce ne sont plus les mêmes (où sont passées les anciennes ?), et surtout, sur un côté, le trottoir est orné d'un chemin vert qui serpente à la façon d'un cours d'eau.
Sous le pont Mirabeau...
L'entrée « principale » du parc. À droite, la fontaine aux masques. Au premier plan, le petit chemin vert.
Car en sous-sol, il est là, ce cours d'eau (dont le nom a disparu des cartes) et jusqu'en 1975, il voyait encore le soleil, si bien que pour entrer dans l'université de Séoul, il fallait passer sur un pont : le pont Mirabeau (미라보 다리)...
L'entrée « principale » du parc est, à mon avis, l'endroit où était le pont Mirabeau. Elle est flanquée de deux fontaines, datant d'avant le réaménagement et probablement de 1975, celle à droite présentant des masques coréens. Là encore, la présence de l'eau ne peut que rappeler notre cours d'eau, toujours présent mais invisible.
Face à cette entrée principale, une maquette/sculpture de ce qu'était ce lieu avant 1975 : l'université nationale de Séoul et... le pont Mirabeau.
L'université nationale de Séoul à l'époque.
Devant à droite, on peut voir le pont Mirabeau.
Le marronnier
Dans cette presque fascination que l'élite des étudiants de Corée (l'université nationale de Séoul étant la plus prestigieuse de Corée, n'y étudie pas qui veut...) avait pour la France, un marronnier a été importé, arbre qui n'existait pas en Corée. Ce qui fit tout naturellement entrer ce mot français dans le vocabulaire coréen pour désigner cette essence.
En arrière-plan : le marronnier.
C'est donc en 1975 que l'université de Séoul déménagea (au sud de la ville, au pied du mont Gwanak (관악산)), laissant ce lieu pour qu'on y construise un parc (les étudiants qui manifestent en plein centre-ville faisant mauvais genre, on les envoie à la périphérie, là où personne ne pourra les entendre crier leur soif de démocratie...). Mais le marronnier ne sera pas abattu, il restera là (il a même fait des enfants, et c'est une douzaine de ces arbres que l'on peut compter dans les environs immédiats du parc, où est leur vénérable géniteur) et donnera donc son nom au parc. Il est toujours là, dans ce parc, de taille respectable. Il est dit qu'il ne pousse pas comme un marronnier normal, car il est moins haut, et pousse donc plutôt en largeur, en raison bien sûr du climat coréen. N'étant pas botaniste moi-même, je ne peux en juger.
Papa marronnier...
L'université partie, la culture est restée
Le quartier est resté un quartier de la culture, avec ses nombreux théâtres,
Un plan des principaux théâtres du quartier (en bleu)
ses non moins nombreuses tentes de vendeurs de billets pour les représentations de ces mêmes théâtres,
Venez voir ma pièce, c'est la meilleure...
quelques peintres, parfois, qui vous rappellent que cet endroit est considéré comme le Montmartre de Séoul et de la Corée, aussi, quelques concerts en plein air. Bref, un lieu plein de vie.
Une autre entrée du parc. Avouez qu'on ne peut pas la manquer...
Et un patriote
On y trouvera aussi une statue d'un patriote coréen, qui avait été un peu oublié, Kim Sangok (김 상옥, 金相玉, 1890-1923). Durant l'occupation japonaise, après déjà une série de tentatives d'assassinats, il s'est exilé à Shanghai. Rentré clandestinement au pays, il lance une bombe dans le commissariat de police de Jongno (종로) à Séoul et tue dix Japonais dans des combats de rue. Lorsque la maison de l'ami chez qui il s'est réfugié est cernée, il se suicide, faisant de lui un martyr de la cause coréenne.
Donc...
Un lieu à visiter avant ou après s'être bu un café au café Hakrim, pas très loin, en traversant la rue.
Note : J'ai appelé ce parc « le parc Marronnier », alors
que deux autres choix s'offraient à moi pour la traduction : le parc
des
marronniers et le parc du marronnier.
« Le parc du marronnier » me semblait peu adapté, car même
s'il y en a (apparemment) un seul à l'origine, ils sont désormais
plusieurs à croître en ce lieu.
Le « parc des marronniers », quant à lui, ne respectait pas
l'origine d'un arbre unique, et surtout, un élément important, « marronnier »
ici est devenu plus une sorte de concept, ce qui m'a fait opter pour
« parc Marronnier ».
Pour d'autres informations sur ce lieu, reportez-vous à votre guide touristique...
Comment s'y rendre ?
Ligne de métro n° 4 (la bleue), station Hyéhwa, 혜화 (Dæhangno), sortie 2. Il est sur la gauche après quelques mètres.
Merci à Shin Gwang-Soon




