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Les familles déchirées
Alain Devalpo (juin 2003)

Quand l’armistice a coupé la péninsule coréenne en deux, en 1953, des centaines de milliers de familles ont été séparés par le 38e parallèle. Depuis trois ans, il existe un espoir pour ces familles qui n’ont pas pu communiquer au cours des 50 dernières années.

C’est comme gagner au loto. 50 ans sans nouvelle d’un fils, d’un frère, d’une mère. Et puis soudain, la possibilité de les serrer dans ses bras, de les embrasser, de leur poser des questions.

Pour la seconde fois cette année, 500 Sud-coréens vont se rendre de l’autre côté de la ligne de démarcation, pour des retrouvailles réglées comme du papier à musique mais qui restent très émouvantes.

Ces réunions entre familles séparées depuis la guerre de Corée sont le résultat le plus spectaculaire de la politique de réconciliation, contre vents et marées, entre les deux frères ennemis. La première s’est déroulée en août 2000, deux mois après le sommet historique entre le président sud-coréen de l’époque - Kim Dae-jung - et le dirigeant nord-coréen - Kim Jong-il. Ce week-end, c’est la septième version.

Ces rencontres se déroulent donc au compte-gouttes et les places sont chères. Très nombreux sont les Sud-coréens à avoir fait les démarches auprès de la Croix Rouge Internationale pour y participer mais pour l’instant, uniquement 7000 d’entre eux ont pu retrouver un parent proche.

Les retrouvailles se déroulent en Corée du Nord, au mont Kumgang, un lieu touristique. Pendant 48 heures, aux moments collectifs succèdent quelques moments intimes. On échange des cadeaux, on se montre des photos, on demande des nouvelles de la santé de chacun mais pas question d’être trop curieux. Tous ceux qui ont retrouvé un proche disent avoir eut peur de trop parler, avoir eut l’impression d’être surveillé.

Puis l’heure de la séparation arrive. Les caméras de télévisions sont témoins d’étreintes déchirantes. Toutes ces personnes, aujourd’hui âgées, savent que c’est sans doute l’unique et dernière rencontre, mais beaucoup se disent soulagés qu’elle ait pu avoir lieu.

Papier enregistré pour France Inter.
Alain Devalpo