Le bateau-tortue (geobukseon, 거북선, 龜船)
Lorsque l'on parle de l'amiral Yi Sun-shin, on ne manque pas d'évoquer les bateaux-tortues, premiers cuirassés de l'histoire de la marine. Mais c'est vrai qu'on a assez de mal à imaginer ce qu'ils étaient, ces bateaux, et leur véritable avance technologique. Le plus simple est de s'en rendre compte par soi-même, car si aucun des bateaux du temps de l'amiral n'a survécu jusqu'à nous, on en a reconstitués.
Celui-ci date de 1990
Le bateau-tortue n'est pas né par hasard, et il semblerait qu'un prototype ait existé environ un siècle avant les modèles de l'amiral. Ceux de l'amiral sont les descendants directs des bateaux appelés panokjeonseon (판옥전선 板屋戰船) ou panokseon (판옥선 板屋船) qui ont combattu à leurs côtés. Le panokseon est un bateau à pont très haut au-dessus de la ligne de flottaison pour être difficile à atteindre et donc à aborder.
Le panokseon
La cuirasse du bateau-tortue, qui lui donne son nom, est faite d'une technologie toute coréenne, des écailles de métal. On peut encore en voir, m'a-t-on dit, sur la porte Sud (Namdæmun, 남대문, 南大門, de son vrai nom Sungnyémun, 숭례문, 崇禮門). Cette cuirasse lui permet aussi de résister aux flèches enflammées (le reste du bateau est en pin et en chêne). Le pont étant plus bas que pour le panokseon, il est hérissé de pointes, camouflées lors des combats par de la paille tressée.
Têtes de dragon et pointes : danger !
Sa silhouette est parfaitement reconnaissable, avec sa tête de dragon. Celle-ci au début contenait un canon dans la gueule, mais pour des raisons pratiques, les versions ultérieures du vaisseau l'ont transformée en cheminée, non pas pour les longues soirées d'hiver, mais pour laisser échapper des fumées sulfureuses dont le but avoué était de camoufler les manœuvres et aussi, naturellement, de joyeusement intoxiquer l'adversaire.
Fabrique de fumée...
et cheminée.
Le ou les mats étaient amovibles et couchés vers l'arrière pendant les combats, la propulsion se faisant alors à la rame (propulsion de type godille).
Les rames soigneusement rangées
Il y avait aussi une figure de proue, près de la ligne de flottaison, destinée certainement à protéger des mauvais esprits.
Grrr !
À l'intérieur, sur le pont inférieur, la visibilité était excellente, alors qu'on ne pouvait pas distinguer ce qui s'y passait de l'extérieur.
Que de canons là dedans !
La cale était constituée de trois compartiments, non reliées entre eux, permettant ainsi au navire de rester à flot en cas de voie d'eau. Cette technique est toujours en usage dans les vaisseaux modernes.
La cale était le lieu de repos de l'équipage.
Sur le pont inférieur étaient les rameurs et les canonniers. Il y avait des sabords dans les quatre directions : à la proue, à la poupe, à bâbord et à tribord, permettant de tirer de tous les côtés.
Ce canon pouvait atteindre l'autre rive que l'on distingue par la fenêtre.
À ce propos, il semblerait très probable que les bateaux-tortues avaient un pont de plus, permettant de séparer les rameurs et les canonniers, rendant ainsi les manœuvres de combat plus faciles.
À la proue étaient les cabines des deux gradés commandant le navire.
Cabine du capitaine.
Entre ces deux cabines, le gouvernail.
Le gouvernail.
Derrière chacune de ces cabines, les toilettes (parce qu'il faut bien...), trous donnant sur la mer.
Pour en savoir plus, consultez cette excellente page qui, malheureusement, n'affiche aucune de ses illustrations.
Mais au fait, où est-il ce bateau-tortue ? Il n'est plus à Séoul en ce moment...
Le bateau-tortue n'est pas à Séoul en ce moment.
On trouve une autre reproduction de bateau-tortue au musée de la guerre de Séoul, le « war memorial », métro ligne numéro 4, station Samgakji (삼각지).
On peut aussi acheter, dans les papeteries, pour presque rien, des maquettes en papier de bateaux-tortues à faire soi-même. Bientôt sur ce site, en exclusivité mondiale : la photo du mien...




