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Anniversaire de Bouddha
Alain Devalpo (mai 2003)

Le huitième jour du quatrième mois lunaire, c’est l’anniversaire de Bouddha

Dok, dok, dok… Le crépuscule gagne les rues de Séoul et le bruit sourd d’un bâton frappant une calebasse en bois résonne sur l’avenue Jongno habituellement engorgée de voitures. Un bonze entonne un chant psalmodié repris par des fidèles. Le défilé des lampions du Lotus vient de débuter. Ce dimanche 4 mai, ce cortège aux allures de carnaval est un des points d’orgue des festivités qui, une semaine durant, ont lieu en l’honneur de l’anniversaire de Bouddha, le huitième jour du quatrième mois lunaire, ce 8 mai cette année selon notre calendrier. L’Eveillé est né aux confins de l’Inde et du Népal il y a 2547 ans indique une banderole tendue devant le grand temple Jogye. C’est en direction de ce lieu au centre de la capitale que plusieurs dizaines de milliers de moines, veste croisée et pantalon de bure grise, et de fidèles, jeunes et moins jeunes, défilent chaque année. Certains au martèlement saccadé de la calebasse, d’autres sur le rythme plus soutenu de tambours. Les mère de famille ont sorti pour l’occasion le costume traditionnel, le hanbok, jupe large aux tons pastels et boléro court, les jeunes sont vêtus léger en raison des premières chaleurs annonciatrices de l’été. Tous portent des lanternes colorées donnant à la capitale moderne un charme qu’elle a tendance à perdre.

En ces temps de recrudescence du fanatisme religieux, ce pays est un exemple de tolérance. Sept cultes sont officiellement recensés : bouddhisme, won bouddhisme, chamanisme, chondogyo (taoïste), christianisme, confucianisme, protestantisme. Des pratiques et croyances diverses qui ne s’excluent pas. « Dans les foyers, il n’est pas rare que les membres d’une même famille professent chacun une foi différente ou qu’une même personne traverse des phases d’appartenance à diverses religions », écrit Juliette Morillot dans son livre Chamanes, montagnes et gratte-ciel aux éditions Autrement. Dans un même quartier, des lieux de culte différents sont bien souvent voisins.

Anniversaire de Bouddha

« Tout le monde est à la fois animiste, bouddhiste et confucianiste. Certains sont en plus chrétiens », explique Monseigneur René Dupont, Evêque, qui vit en Corée depuis 50 ans et qui se réjouit que le catholicisme apparu au XVIIIe ait réussi à se faire une place sans détruire la culture. Même si l’influence du christianisme est grandissante, la doctrine orientale du prince Siddhartha reste la principale religion. Arrivé d’Indes par la Chine, introduit au IVe siècle, le bouddhisme coréen appartient à la branche du Grand Véhicule. Adopté, dans un premier temps, par les élites pour fortifier le pouvoir royal, il se répand dans le peuple lorsqu’il devient officiellement religion d’état dans les trois royaumes qui forment la péninsule de l’époque. Son heure de gloire prend fin avec la dynastie des Yi (1392/1910) durant laquelle, sous l’influence du néoconfucianisme, il devient synonyme d’abus et de dépravation. Les moines sont relégués à l’échelon le plus bas de la société. Bannis, ils s’installent dans les montagnes isolées.

De nos jours, c’est le confucianisme et sa morale stricte qui a rigidifié la société qui marque le pas et tente de s’épurer de ses aspects les plus radicaux pour s’adapter à la modernité. Par contre, « il y a un renouveau du bouddhisme depuis une quinzaine d’années », poursuit Mgr Dupont. Le svastika, la croix bouddhique qui fut reprise en inversant son sens de rotation par le régime nazi alors qu’en sanscrit elle signifie « signe de bon augure », est revenue dans les villes pour signifier les lieux de culte qui se sont multipliés. Tout comme le chamanisme lui aussi persécuté durant de longs siècles, le bouddhisme imprègne les arts, les mentalités, les traditions et maints détails de la vie quotidienne en Corée du Sud. Le repas traditionnel servi dans les restaurants touristiques est celui des moines, les ballades dominicales dans les montagnes conduisent immanquablement a un temple et l’anniversaire de Bouddha est un jour férié.

Article paru dans le quotidien La Croix sous la signature de Gilles Moinard
Alain Devalpo